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Corrida : les parlementaires prêts à prendre la tradition par les cornes ?
05/08/2021

Corrida : les parlementaires prêts à prendre la tradition par les cornes ?

Dans une tribune publiée dans «le JDD», des élus réclament l’interdiction de cette «pratique barbare». Lors des débats à l’Assemblée autour de la proposition de loi sur la maltraitance animale en janvier, le sujet avait pourtant été passé sous silence. Le texte arrivera au Sénat en septembre.

«Trop longtemps qu’on attend cette interdiction», lance Loïc Dombreval, député LREM des Alpes-Maritimes. L’hebdomadaire le JDD publiait dimanche 1er août une tribune de 36 parlementaires (vingt-quatre LREM, cinq Modem, quatre Agir et trois LR) pour défendre l’interdiction de la corrida, à l’initiative de ce premier et d’Arnaud Bazin, sénateur LR du Val-d’Oise, tous deux vétérinaires. Les parlementaires regrettent que la prise en compte croissante du bien-être animal exclue toujours la question de la corrida. La législation sanctionne certes d’une peine d’emprisonnement et d’une amende les actes de cruauté envers les animaux. Mais l’alinéa 7 de la loi 521-1 du code pénal permet l’exception de la corrida, au nom de la tradition locale. Les députés et sénateurs signataires de la tribune désirent supprimer cet alinéa, afin d’interdire l’intégralité «des spectacles mettant en scène la torture et la mise à mort d’animaux». «Comment ce qui est jugé cruel dans certains départements ne l’est pas dans d’autres? s’interroge le député de la majorité. C’est hypocrite.» Pour le député Modem du Bas-Rhin, Sylvain Waserman, c’est l’issue du combat qui pose problème : «Je comprends qu’on puisse organiser des spectacles avec des taureaux mais c’est la mise à mort qui me dérange.»

La mobilisation a de quoi surprendre : en janvier, lors des débats sur la maltraitance animale à l’Assemblée ces mêmes voix ne se sont pas fait entendre contre la corrida. Pourquoi ce silence ? Parce que la proposition de loi était déjà trop dense, répondent les députés interrogés. «Il y avait beaucoup de sujets, on sentait qu’un texte trop large ne passerait pas, explique Corinne Vignon, députée LREM en Haute-Garonne. Maintenant, on espère susciter les débats au Sénat.» Dans l’hémicycle, Bastien Lachaud, député LFI en Seine-Saint-Denis, critiquait alors un texte «insuffisant», à vocation «de se donner bonne conscience». Ce dernier doit désormais être discuté fin septembre par les représentants de la chambre haute. Et dans leur tribune, les députés soufflent quelques idées à leurs homologues du Sénat, en préconisant notamment l’interdiction de l’accès aux arènes aux enfants de moins de 16 ans, en qualité de spectateur ou d’acteur. «Ce serait déjà une avancée», note Loïc Dombreval (LREM) qui regrette que la question du bien-être animal arrive souvent en queue de wagon au Parlement. Mohamed Laqhila, député Modem des Bouches-du-Rhône, considère pour sa part que l’interdiction de la corrida n’a que de maigres chances d’être promulguée avant l’élection présidentielle. Il voit en cette tribune l’opportunité d’inscrire ce débat dans la campagne de 2022 et plus généralement de faire réagir l’opinion publique.

«Frilosité ambiante»

Mais pourquoi, alors, ne pas avoir associé des élus d’horizon différents à la rédaction de cette tribune ? Selon Corinne Vignon, l’absence de signataires de l’opposition de gauche relève d’un concours de circonstances. La tribune n’a pas pu être proposée à l’ensemble des parlementaires. La faute, expliquent les auteurs, aux discussions intenses et chronophages sur le pass sanitaire. S’il considère les 36 signataires de cette tribune comme un bon présage «au regard de la frilosité ambiante à ce sujet», Loïc Dombreval (LREM) reconnaît que celle-ci aurait pu être proposée plus largement aux élus. Et qu’elle a «peut-être été publiée un peu trop rapidement».

 

Les procorridas, eux, n’ont pas tardé à répliquer. Dimanche, au micro de France Bleu Gard Lozère, André Viard, président de l’Observatoire français des cultures taurines, a mis en avant la richesse apportée à l’économie locale, qui plus est dans cette période de crise sanitaire et économique. L’ancien matador regrette que ces signataires soient «une fois de plus des parlementaires issus de régions qui ne sont pas taurines» et brandit l’argument de la tradition. En 2019, c’est aussi au nom de la tradition et de la liberté qu’une tribune avait été publiée dans le Figaro en défense de la corrida, par plusieurs personnalités, dont Eric Dupond-Moretti, alors avocat médiatique, devenu garde des Sceaux.

«On arrive à un moment où certaines traditions apparaissent en décalage avec leur époque», répond le Modem Sylvain Waserman. La Catalogne a interdit cette pratique en juillet 2010. La France est-elle prête à lui emboîter le pas ? Oui, estime Corinne Vignon (LREM) qui assure que la position de la tribune émane «de la société civile. Nous sommes la voix des citoyens, nous nous devions de porter cette voix publiquement». Selon un sondage Ifop d’octobre 2019, près de trois Français sur quatre sont favorables à «la suppression des corridas avec mise à mort des taureaux en France».

Libération

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