Corinne Vignon
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De nouvelles consultations pour se donner du temps
12/09/2019

De nouvelles consultations pour se donner du temps

Le décorum a été soigné. Plutôt qu’une annonce basique faite depuis un salon de Matignon, c’est depuis l’hémicycle du palais d’Iéna, sous la coupole en béton où siègent les membres du Conseil économique, social et environnemental (Cese), qu’Edouard Philippe doit préciser ce jeudi la réforme des retraites que le gouvernement imagine faire voter l’an prochain pour une mise en place en 2025. Mais n’allez pas imaginer que le Premier ministre offrira des détails sur le futur système «universel» et «par points» promis par Emmanuel Macron en 2017 et qui doit remplacer les 42 régimes existants. Son propos ne devrait s’en tenir qu’au «calendrier» et à «la méthode» choisis par l’exécutif. Le premier ne cesse de s’étirer. Attendu au départ à l’été 2019, le projet de loi ne devrait pas voir le jour avant les élections municipales de mars. «Sinon, le sujet va polluer la campagne», estime Corinne Vignon, députée LREM de Haute-Garonne et présidente du groupe de travail transpartisan sur ce dossier à l’Assemblée. Quant à la «méthode» choisie, le gouvernement a déjà fait savoir qu’il allait relancer une «consultation citoyenne» et une nouvelle phase de «concertation» avec les partenaires sociaux autour du haut-commissaire chargé du dossier, Jean-Paul Delevoye. La formule a déjà été expérimentée entre avril 2018 et juillet 2019 pour aboutir aux «recommandations» de Delevoye présentées cet été. «Ce projet de loi, […] nous n’allons pas le préparer seuls, mais nous allons le faire en écoutant les partenaires sociaux, en écoutant les Français», a insisté Edouard Philippe la semaine dernière, après un séminaire gouvernemental de rentrée à l’Elysée.

«Poser des principes»

 

Redemander leur avis aux Français après une première «consultation» spécifiquement consacrée à cette réforme des retraites et un «grand débat national» où le sujet s’est invité dans les discussions des salles polyvalentes ? «Nous étions dans une phase où nous devions poser des principes, justifie Corinne Vignon. Maintenant, nous voulons écouter les Français pour qu’ils nous aident à choisir. On va leur présenter les options qui s’offrent à eux et nous allons les écouter.»

 S’il s’agit de répéter qu’il va falloir «travailler plus longtemps» pour garantir notre système par répartition, les responsables de la majorité vont pouvoir tester les «préférences» des Français.

Ligne rouge

 

Créer un âge pivot à 64 ans, comme le préconise Delevoye mais qui fait office de ligne rouge pour la CFDT ? Ou bien allonger la durée de cotisation, comme le «préfère» Emmanuel Macron ? «Je ne suis pas sûr que ce soit non plus le bon outil, met en garde Frédéric Sève, responsable du dossier retraites à la CFDT. S’il n’y a pas assez de croissance, on risque de maintenir les gens au chômage. Pourquoi le gouvernement ne parle jamais d’une hausse des cotisations ?» «Lorsque la réforme Touraine tournera à plein [43 ans de cotisation dès la génération 1973, ndlr], cela voudra dire que quelqu’un qui commence à travailler à 23 ans devra aller jusqu’à 66 ans. C’est déjà beaucoup !» fait remarquer un bon connaisseur du sujet. Si Edouard Philippe devrait rappeler ce jeudi l’engagement du président de la République de ne pas toucher à l’âge légal de départ fixé depuis 2010 à 62 ans, il devrait aussi insister sur un autre arbitrage du chef de l’Etat : la remise à flot du système avant le top départ du régime universel. Selon les dernières prévisions du conseil d’orientation des retraites (COR), à l’horizon 2022, il manquerait 10 milliards d’euros dans les caisses de retraites. Comment faire ? Accélérer la réforme Touraine et demander aux générations d’avant 1973 de cotiser plus longtemps ? Le risque politique est important : «On va dire à ceux qui pensaient prendre leur retraite dans les prochaines années qu’ils vont encore devoir attendre ? s’interroge Vignon. C’est impensable. Si on veut des gens dans la rue, faisons cela et on les aura !»

Lilian Alemagna - Libération

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