Corinne Vignon
12 bis chemin Mal Clabel
31500  Toulouse
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Surpopulation carcérale : l'état d'alerte
18/06/2019

Surpopulation carcérale : l'état d'alerte

Neuf mètres carrés à se partager à trois. Un matelas jeté au sol au-dessus de la fenêtre grillagée et deux lits superposés font face à des posters de charme placardés au mur. Dans cette cellule de la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, on occupe l'espace en jouant des coudes. Un réchaud et du linge qui sèche sur des bouts de fils étendus comme seul horizon. «Sur le matelas, c'est le dernier qui arrive dans la chambre qui y dort», commente ce détenu en claquettes. Les cellules de Seysses ressemblent à de minuscules réduits où l'on a l'impression que les murs se rapprochent. Les détenus s'y habituent. Les syndicats le déplorent et l'administration ne peut que le constater. Ce vendredi 7 juin, 1250 détenus (pour plus de 250 surveillants) sont recensés dans cet établissement pénitentiaire créé pour 650 places et qui présente la triste particularité de compter pas moins de 230 matelas au sol. Un record. C'est à cette réalité que vient se confronter Corinne Vignon, la députée de la 3e circonscription de Haute-Garonne (La République en marche). «Trop de détenus, pas assez de surveillants et des difficultés en terme de sécurité», égrène cette observatrice privilégiée et membre de la commission des affaires sociales. À la demande du syndicat pénitentiaire des surveillants non gradés, la députée s'est plongée pour la première fois dans l'univers carcéral en mesurant les difficultés d'un système menacé d'entropie, à la limite de l'asphyxie. «Aujourd'hui, on tire la sonnette d'alarme, lance David, secrétaire local du syndicat des surveillants non gradés à Seysses. La situation se dégrade. Il y a 140 détenus à un étage pour un seul surveillant ! C'est une vraie cocotte-minute. On atteint la cote d'alerte et si des mesures significatives concernant les effectifs et visant à faire baisser le nombre de détenus n'interviennent pas rapidement, on va souffrir». L'été approche, une période qui fait craindre le pire parmi les syndicalistes qui attendent toujours des mesures concrètes de la part de leur administration. Face à ce phénomène de la surpopulation carcérale connue de longue date, les agents gèrent des situations ubuesques comme celle du quartier disciplinaire où les détenus préfèrent y rester plutôt que de réintégrer une cellule à 3. Dans de telles conditions de promiscuité, difficile de mener des missions de réinsertion auprès des détenus. «C'est pourtant notre rôle mais on ne peut plus consacrer du temps à cette tache», reconnaît Julien, un surveillant. Ce que concède aisément Isabelle Gerbier, directrice adjointe de l'établissement. Pour la députée, la visite «instructive» n'en restera pas là : «J'informerais la ministre de la justice, Nicole Belloubet, sur le cas très spécifique de cette maison d'arrêt», promet, Corinne Vignon. En attendant la construction d'une nouvelle prison prévue de 600 places à Muret pour 2024.


Des colis par-dessus l'enceinte

Couteau, viande, téléphone, carte SIM ou drogue, le contenu des colis lancés depuis l'extérieur par des proches des détenus et parfois interceptés par les surveillants a de quoi inquiéter. Une pluie d'objets qui retombent sur le chemin de ronde ou en zone neutre et qui viennent garnir les placards de la maison d'arrêt. «On peut en recenser jusqu'à 900 par mois», décrit un surveillant. L'augmentation de la population carcérale entraîne forcément une hausse constante de ces projections avec des trafics plus ou moins organisés et repérés entre plusieurs détenus. Depuis décembre 2018, Stéphane Gély est le nouveau directeur interrégional des services pénitentiaires. L'une de ses priorités est de lutter contre la surpopulation carcérale. «L'une des priorités est d'aller à la rencontre des autorités judiciaires. Il faut prendre en compte le besoin judiciaire par rapport à l'offre d'hébergement pénitentiaire. Il y a un équilibre à trouver. On se doit d'accueillir des personnes détenues tout en ayant des conditions d'hébergement dignes et des conditions de travail correctes pour l'ensemble de nos personnels qui sont environ 3 000. La pénitentiaire est en mesure d'informer les magistrats des capacités d'hébergement d'un établissement. Mais le magistrat décide», nous avait-il déclarés en début d'année.

  

Le fléau des suicides par pendaison

Sur une aile de la maison d'arrêt de Seysses, un escalier sécurisé conduit tout droit vers le quartier disciplinaire (QD). Dans un premier sas, des surveillants contrôlent l'entrée des portes. Soigneusement gardé, ce lieu est aussi celui où le nombre de suicide, avec le quartier des entrants, et le plus préoccupant. Aucun chiffre officiel ne filtre mais l'administration pénitentiaire n'élude pas la problématique. Dans une de ces cellules de 9 mètres carrés, le mobilier est attaché au sol. Bureau et chaise ne font qu'un ensemble solidement vissé par terre. Idem pour le lit où les pieds en ferraille sont solidaires du sol. Un équipement minimaliste, pas de télé, pas de douche en cellule, juste des WC. Un matelas sur le lit avec un drap. C'est en nouant le drap autour du cou tout en le fixant au pied du lit que le détenu parvient à commettre l'irréparable. «C'est cyclique. Il suffit qu'il y en ait un pour qu'un autre fait se produise dans la continuité», constate David, surveillant. La problématique de ces suicides par pendaison est prise très au sérieux. D'autant que le quartier des arrivants est lui aussi impacté par ces gestes de désespoir. «Un détenu qui arrive subit forcément un choc lié au dépaysement. S'il est fragile, le passage à l'acte peut être fatal».

Rondes toutes les heures

Le quartier disciplinaire est composé de 9 cellules pour les hommes. Une seule est réservée aux femmes. Les surveillants effectuent des rondes toutes les heures. Les détenus sont vus par un médecin trois fois par semaine. Mais depuis quelque temps, la durée au QD est passée de 45 à 30 jours pour ne pas encombrer les cellules.

La France a été condamnée à de nombreuses reprises par la Cour européenne des droits de l'homme en raison des conditions de détention. Mais la maison d'arrêt de Seysses n'est pas montrée du doigt par l'observatoire international des prisons, selon son site, contrairement à d'autres maisons d'arrêt en France. Pour lutter contre la surpopulation carcérale, les surveillants demandent le transfert systématique vers d'autres établissements, de détenus auteurs de violence envers le personnel.


Le chiffre : 1 250

détenus > À Seysses. C'est le nombre de personnes détenues à la maison d'arrêt de Seysses alors que l'établissement est conçu pour 650 places.


Interview Corinne Vignon, Députée (LRM) de Haute-Garonne (3e circonscription)

«Des conditions de vie invraisemblables»

Qu'avez-vous observé en visitant la maison d'arrêt de Seysses ?

Il manque au moins 22 postes dans cette maison d'arrêt, il n'y a pas assez de surveillants par rapport au nombre de détenus, ou trop de détenus par rapport au nombre de surveillant. Cette situation entraîne des difficultés en terme de sécurité puisqu'à trois détenus par cellule cela devient extrêmement compliqué pour le surveillant qui fait face à une surcharge de travail. Certains font plus de 108 heures d'heures supplémentaires par trimestre. Donc il faudra trouver des solutions. Comment intéresser les jeunes au métier de surveillant quand les salaires sont aussi bas (NDLR : le salaire de base d'un surveillant débutant est d'environ 1 300 € mensuel) ?

C'est au-delà de ce que vous imaginiez ?

Oui, on connaît tous les problèmes de l'administration pénitentiaire en France, le problème de la surpopulation carcérale en France est connu mais assister aux conditions de vie des détenus lorsqu'ils sont trois dans une cellule de 9 mètres carrés, c'est autre chose. Ce sont des personnes qui peuvent souffrir de problèmes psychiatriques. Quand on vit à trois, c'est pire. C'est une situation invraisemblable. Avec des détenus qui se trouvent au quartier disciplinaire et qu'ils ne veulent pas en sortir pour se retrouver à 3 dans une même cellule !

Quelles réponses vous pouvez apporter ?

Je vais informer directement la ministre de la justice Nicole Belloubet de cette visite. Et surtout du cas spécifique de la prison de Seysses. Car je peux imaginer qu'elle n'en a pas forcément connaissance dans les détails. Je vais rédiger un rapport et m'assurer auprès de l'administration que tout le monde est préoccupé par la situation de Seysses.

Vous avez aussi des propositions concernant les heures supplémentaires des surveillants ?

J'ai un projet qui est de proposer un compte retraite pour les personnes qui font des heures supplémentaires excessives puisque ces personnes si elles font au-delà de 108 heures, elles peuvent perdre le paiement des heures effectuées. Je demande qu'il y ait un compte épargne retraite où les personnes pourraient déposer les heures supplémentaires et certainement pouvoir partir à la retraite plus tôt.

La Dépêche du Midi

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